Dan Bundhoo citoyen engagé:«Maurice ira de nouveau aux urnes d’ici deux ans»

L’ancien directeur de Rogers s’époumone contre l’alliance PTr-MMM. Il prévoit une crise d’ici dix-huit mois et des élections dans deux ans au cas où les citoyens décident de ne pas accorder une majorité de trois-quarts au bloc rouge-mauve.

 

On n’entend que vous ces jours-ci. N’avez-vous pas le sentiment de prêcher dans le désert ?

Si vous croyez fermement en une idéologie et que vous êtes animé par certaines valeurs, prêcher dans le désert ne peut pas être vain. N’est-ce pas à partir d’une idée que le  progrès a fait son bout de chemin tout au long de l’histoire de l’humanité ? Rien qu’une petite voix peut changer le cours des choses. Il faut bien commencer quelque part.

 

Vous êtes un citoyen engagé. Avec «Think Mauritius», n’êtes-vous pas en train de formaliser un club de retraités ?

Nous avons aussi des jeunes très actifs au sein de ce groupe de réflexion. Nous nous faisons un devoir d’animer des causeries à la radio pour faire entendre notre philosophie…

 

Ces paroles ont-elles servi à faire avancer votre cause ?

Nous avons des feedbacks positifs. Quand je marche dans la rue, des gens m’abordent. Ils disent qu’ils apprécient ce que nous faisons. Surtout quant à notre approche non  partisane. Nous militons autour de trois axes : la nécessité d’un futur gouvernement à présenter le meilleur projet de société, d’un choix alternatif par une opposition et d’un électorat qui saura voter avec discernement. Nous avons assisté, ces derniers temps, à une farce. Un programme ne peut pas être présenté deux semaines avant les élections…

 

Navin Ramgoolam sera sûrement plus rapide cette fois…

Sir Anerood Jugnauth est tout aussi lent à la détente. Personnellement, j’estime que ces deux blocs dans la course électorale n’ont qu’un but : défendre l’intérêt personnel de leurs leaders. C’est également chagrinant de voir que chacun veut perpétuer sa dynastie. Xavier-Luc Duval aligne son fils Adrien. Je ne dis pas que pitila ne peut pas s’engager. Cela aurait dû être spontané. Et non calculé. Le drame c’est qu’il y a une dictature au sein des partis. Sir Seewoosagur Ramgoolam, lui-même, a renvoyé des éléments valables au sein du PTr pour assurer sa survie. Il faut absolument un renouvellement de la classe politique.

 

La IIe République ne va-t-elle pas tout changer ? En permettant un meilleur partage des pouvoirs entre le Premier ministre et le président ?

Je ne vois pas l’utilité d’un tel projet. Tout ce dont nous avons besoin c’est d’une limitation du mandat du Premier ministre et du président. Il faut aussi contrôler le financement des partis politiques. Avec les prochaines élections, perdi pa perdi, bann leader na pa sagrin. Une meilleure séparation du pouvoir entre l’exécutif et le législatif est tout aussi primordiale. Il y a un vrai méli-mélo avec le système actuel. Le pouvoir législatif doit être étanche. Or, que voyons-nous à Maurice ? Des membres de l’exécutif en font également partie. Avec 24 ministres et dix Parliamentary Private Secretaries, le pouvoir le plus respecté se résume à dix membres de l’opposition.

 

À quelle opposition faites-vous référence ?

Pas celle du leader historique… Il a passé son temps à koz-koze durant une année afin que lot la gagn so zouzou. Il faudrait réformer notre système westminstérien comme cela a été fait à Trinité-et-Tobago. Kamla Persad-Bissessar, qui est le Premier ministre de ce pays, s’est imposé deux mandats. Elle, on peut la qualifier de chef d’État.

 

L’alliance PTr-MMM promet quand même un approfondissement de la démocratie…

Vous voulez dire qu’un individu a été le complice d’un autre pou gayn so bout ? Je demande aux Mauriciens de ne pas accorder une majorité de trois quarts à cette alliance.

 

Sans la majorité de trois quarts, n’est ce pas la porte ouverte à une crise ?

Non. Le Premier ministre restera Navin Ramgoolam. Et Paul Bérenger sera son adjoint.

 

Son rêve d’être Premier ministre sera donc définitivement off…

Mariaz pu kase. La crise éclatera dix-huit mois après les noces. Et dans 24 mois, le pays devra de nouveau se rendre aux urnes. Au moins, cela nous évitera une catastrophe. Nous sommes en face de deux hommes aux caractères foncièrement opposés qui veulent nous faire croire qu’ils vont travailler en bonne intelligence. C’est pourquoi nous demandons aux petits partis de travailler de concert contre cette alliance. Nou dir zot pa fer bal fane. Il faut pousser les citoyens à voter pour une alternance. Nous avons lancé un appel à Ashok Subron, Jack Bizlall et Ram Seegobin…

 

Lalit a toujours eu de bonnes idées mais ce parti n’a jamais décollé. Pourquoi ?

Il restera un parti-bonzaï comme le Mouvement 1er-Mai s’il reste dans son coin. Que ce soit Ram Seegobin ou Jack Bizlall, leur problème c’est leur ego surdimensionné. Peut-être que cela pourrait être différent s’ils travaillaient ensemble.

 

Quel est votre pronostic pour les élections ?

L’alliance PTr-MMM sera le vainqueur. J’espère qu’au sein de chaque circonscription,l’électorat ne votera que deux de leurs candidats. Il nous faut une opposition. On aura alors au moins vingt députés pour contrer cette coalition.

 

Qui de sir Anerood Jugnauth, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger préférez-vous comme chef de gouvernement ?

Sir Anerood Jugnauth. Il n’a pas cette manie de vouloir tout contrôler, comme Bérenger.Ce dernier est un foreman, pas un architecte. Il sait poser les bases mais il n’a pas de vision à long terme. Le pire est définitivement Ramgoolam. Il bloque tout et prend tout son temps pour prendre une décision tout en criant sur tous les toits qu’il ne fait pas confi ance à ses ministres. Ou pran sa pou enn team leader ?

 

Comment accueillez- vous le come-back de Rama Sithanen ?

Mal. Je ne suis pas content du tout. Je n’ai rien contre lui. On a été des collègues chez Rogers. Mais il a fait beaucoup de tort à la culture d’épargne des Mauriciens en enlevant les exemptions fiscales sur les prêts immobiliers ainsi que les études supérieures de leurs enfants, tout en taxant les intérêts bancaires. Il a aussi enlevé les exemptions sur les contributions à un fonds de pension privé et les plans d’assurance médicaux. La liste est longue. Il a pu être un enfant pauvre mais il fait tout le contraire quand il est ministre des Finances.

 

Que pensez-vous de sa «road map» économique ?

Le secteur privé pense qu’il va relancer la croissance. Mais la croissance ne se résume pas à récolter des milliards de roupies à travers les IRS. Il faut la création d’emplois. À chaque fois que Navin Ramgoolam a été au pouvoir, aucun nouveau secteur d’activités n’a été créé.

 

Pourtant, ses ministres se targuent de développements à travers le pays…

À quel développement faites-vous référence ? La construction de l’aéroport pour des espaces commerciaux à une «copine» ? Des portions de plages offertes aux «copains» ? Navin Ramgoolam considère cela comme une démocratisation de l’économie. Li pa serie. Le pire c’est que des girouettes applaudissent.

 

Au-delà de l’aspect économique, il y a une crise qui couve entre Vasant Bunwaree et Kailash Purryag…

Ce n’est un secret pour personne que, depuis deux ans, le président de la République mène campagne pour son gendre au n° 12. Ce n’est toutefois pas correct, au niveau protocolaire, qu’un ministre et un président s’invectivent publiquement. Finalement on a eu les présidents qu’on mérite. Ils n’ont pas su préserver la dignité de ce poste. Sir Anerood Jugnauth a été président et négociait une alliance électorale… Un autre faisait campagne contre le gouvernement de Navin Ramgoolam.

 

Vous parlez de Cassam Uteem ? On ne l’entend plus du tout lui…

Il s’est tu. C’est dommage. Quand on évoque les dérives d’une IIe République, il préfère ne pas répondre. J’en suis triste.

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